Il y a longtemps

Publié le par patricia

I y a longtemps de cela, cet infini du temps que l'on ne compte, vivait celle que l'on appelait "vieille femme chouette".

Son savoir des plantes était connu de tous et tous dans le peuple la respectait et la craignait.

Car il en est ainsi, le savoir fait souvent peur .

Elle vivait un peu à l'écart du peuple, elle préferait le bruit de la nature a celui pertubateur des hommes.

Sa vie était pour elle source de plaisir et la préparation de ses potions lui apportait calme, paix et bonheur.

Une chose l'inquiétait pourtant, elle se savait avancer sur son chemin de vie et elle n'avait trouvé encore personne à qui transmettre.

Alors quand elle trouva l'enfant au milieu des bois, elle y vit le signe du grand esprit et son coeur  prit le rythme des tambours et l'emporta quelques instant dans une autre réalité.

Quand elle reprit le fil de ses pensées, l'enfant était toujours là, il n'avait pas bougé.

Son immobilité en était presque animal de celle qui précède la fuite, son regard était fauve, pourtant elle y décéla un grand désarroi , l'enfant  nu était perdu, c'est sur.

Tout doucement , elle s'approcha de l'enfant, instinctivement elle savait qu'elle n'aurait qu'une chance, l'enfant recula.

Alors elle entonna un chant dont elle savait qu'il reliait tous les mondes.

L'enfant ne bougea plus, captivé par le chant, son regard s'était  fait moins sauvage.

Vieille femme chouette était assez près maintenant pour pouvoir le toucher, elle n'en fit rien elle continua son chant, celui de la terre et du ciel.

Elle examina l'enfant, une petit fille, c'était une fille. A peu près dans les six ans se dit-elle.

Elle ne connaissait pas l'enfant, elle n'était pas de son peuple.

Sans s'en rendre compte elle s'était arrêtée de chanter, son regard croisa celui de l'enfant.

Tant de choses passe dans une seul regard, déjà elle aimait cet enfant.

L'enfant tendit la main vers elle et du bout des doitgs la toucha comme si elle voulait vérifier de l'existance physique de cette vieille femme.

Vieille femme chouette saisi sa chance et saisit le poignet de l'enfant doucement.

Sa réaction fut immédiate, elle bondit en arrière mais sans parvenir à se libérer de l'emprise de vieille femme chouette.

La petite fille terrorisée hurla et ce hurlement resta longtemps dans le coeur de vieille femme chouette et de l'enfant.

L'enfant se débattait avec rage mais vieille femme chouette n'avait que peu de mal à la maîtriser.

Elle reprit son chant et instantanément l'enfant se calma. sans un bruit, sans plus se débattre, l'enfant se laissa trainer dans le tipi de vieille femme chouette.

Seul des larmes coulaient sur son visage, vieille femme chouette les essuya de sa main, aussi touché que l'enfant, elle savait qu'elle venait de changer le cours de leur vie à toutes deux.




Son sommeil encore cette nuit était agité, elle se réveilla en sueur et sorti de ce monde des rêves.

Le froid lui fit reprendre conscience du monde qui l'entourait et elle senti de suite la présence et le regard de vieille femme chouette sur elle. Elle se figea, elle savait que la vieille femme viendrait la recouvrir pour pas qu'elle n'est froid et qu'elle lui caresserait le front en chantonnant.c'est ce qui se passa, le contact doux de la main de vieille femme chouette sur elle était douleureux, cela ravivait le souvenir de leur rencontre

Elle laissa croire  qu'elle s'endormait mais elle repartit dans d'autres univers. Elle essaya de s'y accrocher de toutes ses forces mais le rêve éveillé fuyait. Elle savait peu de choses sur elle, que ce que vieille femme chouette lui avait appris, elle n'avait aucun souvenir d'avant, mais en elle ce terrible gouffre de solitude, cette déchirure dans son âme d'un autre temps, cette envie persistante de partir ailleurs mais ou, elle ne s'avait pas.

Et puis ces autres , ceux qu'elle devait appeler son peuple, les grands l'observaient avec crainte et elle s'en sentait troublé et ceux de son âge l'évitaient. Quel âge ai-je se demanda t-elle ?

Je me sens si jeune et bien plus vieille que vieille femme chouette.

Elle observa la vieille femme dans son sommeil, elle pourrait se sauver, elle n'en ferait rien car elle savait que leur destin était lié.

Pouvait-'elle aimé cette personne, elle ne connaissait pas encore ce concept de l'amour des gens de ce peuple, elle savait qu'elle n'était pas des leurs mais qui était-elle ?

Elle se sentait troublé de plaisir quand vieille femme chouette lui brossait les cheveux, était-ce ce que l'on appelle tendresse, ce qu'il y avait dans son geste.

Elle se sentait en sécurité quand elle traversait le village sur les pas de cette vieille femme, la main dans sa main, elle savait que rien ne pouvait lui arriver que vieille femme chouette la protègerait.

Elle sentait la vie couler en elle dans ses ballades dans les bois à la recherche de plantes et de baies, les peids nus sur la terre, toutes deux cueillaient et vieille femme chouette lui racontait l'histoire de ses plantes avec passion, une passion qui la captivait , un moment ou elle partageait une certaine complicité.

Elle était bercé par les histoires que lui racontait le soir la vieille femme.

Mais elle étouffait, elle aurait voulu courir à perdre haleine dans les bois seule, elle aurait voulu s'arrêter et laisser le temps figer chaque instant ,sa communion avec les arbres, la terre et le ciel.

elle aurait voulu se perdre dans ses visions d'autres mondes et s'en nourrir a satieté.

Elle ne se sentait pas libre........

libre d'être ce qu'elle était......

Elle croisait souvent le regard de vieille femme chouette, et elle y décelait de la bienveillance,  mais pas son image et souvent elle lisait dans ce regard de l'inquiètude et de cela elle avait peur.

Et pourtant elle savait instinctivement que leur rencontre n'était pas du au hasard......

Elle n'aimait pas le nom que lui avait donné la vieille femme, "fille des bois," ce n'était pas son nom. elle le savait tout en ignorant son vrai nom.

Vieille femme chouette le pronnoncait avec douceur mais pas les autres.

Sur le fil de ses journées, elle arrivait à voler du temps pour elle, et elle courait observer le vieil homme.

C'était le seul de ce peuple qu'elle percevait comme elle.

Et quand il la regardait, elle sentait son coeur se réchauffer de milles rayons de soleil, un univers tout entier qui s'unissait.

Il la laissait l'observer sans pronnoncer une parole, ils se parlaient avec les yeux et le coeur, c'était pour fille des bois un moment de pur bonheur.

Elle n'en disait rien à vieille femme chouette car elle lui avait interdit de s'approcher "d'homme loup", c'était son nom.

Elle lui racontait qu'il était terrible et qu'elle devait avoir peur de son pouvoir.

Mais elle, elle savait que c'était faux que craignait vieille femme chouette ?

Encore pour elle, une question sans réponse.

 



Bien des lunes et des saisons étaient passées, Vieille femme chouette tapis derriere un genevrier observait discrètement Fille des bois. Elle la voyait de profil, assise en tailleur, les yeux mi-clos, Fille  des bois, chantonnait, la nature semblait s'être arrêter un instant,  pour écouter, pas un bruissement  d'herbe, par un seul chant d'oiseau, et portant , elle voyait le vent jouer avec les cheveux de Fille des bois.Il règnait  un silence peuplé d'êtres que pouvaient  sentir Vieille femme chouette ,mais qu'elle ne voyaient pas.

Fille des bois était devenue une jeune adolescente, réservée, discrète et si mystérieuse qui même pour elle, vieille femme chouette, elle lui semblait inacessible. 

Fille des bois était devenue l'enfant qu'elle n'avait jamais eu,sa fille . 

Elle aimait ses moments ou fille des bois se laissait aller contre elle, la tête posée sur son épaule et ou elle chantait ensemble le chant qui les avait réunis pour la première fois.

C'était un des ces rares moments ou fille des bois laissait dans l'expression de ses yeux et de ses gestes , témoigné son amour pour vieille femme chouette, un moment qui la comblait.

Fille des bois ne se révélait pas l'élève attentionné qu'elle aurait souhaité, elle écoutait ses leçons, mais son esprit errait sans cesse ailleurs et vieille femme chouette avait du mal à la garder attentive. 

 Elle savait que sa fille  aimait leurs longues promenades au sein du monde de la nature mais que la cueillete des plantes ne  la captivait pas plus que cela.  

Elle regardait sa fille adoptive s'absorber dans sa prière, s'échapper dans un monde ou elle n'avait pas accès, un monde que fille des bois partageait avec lui.

Elle sentit en elle monter la colère, sur la pointe des pieds, elle se retira sans faire de bruit.

oui ,LUI , ce vieil homme  qui lui ravissait sa fille.

Elle savait que sa fille sans lui dire partageait aussi des moments de sa vie avec lui, cela la mettait en rage et souvent elle avait laisser exploser sa colère devant fille des bois.

Elle était indignée, meurtri au plus profond de sa chair, c'est elle qui avait trouvé l'enfant , c'était sa fille , celle de personne d'autres, et surtout pas celle de ce vieil homme.

Elle avait interdit a Fille des bois de voir "l'homme loup", elle lui avait fait peur en lui racontant des histoires d'esprit.

Pour rien, Fille des bois n'écoutait pas, elle était attirée par Homme loup, et par son savoir.

Il y avait quelque choses entre lui et la jeune fille, une relation si particulière, un respect mêlée d'amour qui la blessait.

Cet Homme loup, capteur d'âme de son peuple, celui qu'elle avait aimé et a qui elle n'avait jamais donné d'enfant.

Aujourd'hui qu'elle avait une fille ,il voulait la lui ravir, pas question.

Elle se dirigea furibonde, vers le tipi de ce maudit vieil homme.

Elle n'alla pas plus loin, il était là l'attendant sur le seuil de son tipi, un sourire bienveillant sur les lèvres.

Vieil femme chouette le regarda comme si elle le voyait pour la première fois, tout ces anciens souvenirs lui revenait en tête.


Elle vit le jeune capteur d'âmes en apprentissage qu'elle avait épousée, la joie dans ses yeux quand il sentit que la vie grandissait dans le ventre de celle qui l'aimait, son immense tristesse quand il comprit qu'elle venait d'arrêter cette vie elle-même en absorbant quelques plantes.

Il n'avait pas compris qu'elle  ne se sentait pas prête pour donner la vie, qu'elle avait eu peur, et que sa connaissanbce des plantes avait eu raison de ses doutes.

Devant son regard qui ne la jugeait pas elle s'était sentie si coupable et si lâche qu'a cet instant elle avait compris que leur histoire venait de s'arrêter, elle avait ramasser ses affaires et était partie sans se retourner, sans écouter ce que ce jeune homme loup lui avait dit, et pourtant elle l'avait bien entendu.

- "nous n'aurons plus jamais d'enfant ensemble, dans d'autres vies, nous nous aimerons mais jamais de moi tu n'auras un fils si tu t'en vas, reste, tout n'est pas perdu"

Mais elle était partie.....


Elle reprit conscience de la réalité, Homme loup la regardait intensément, elle savait qu'il avait lu dans ses pensées. 

D'un geste de la main, il l'invita a s'assoeir, elle n'en fit rien.

Elle venait d'apercevoir Fille des bois qui les observait. Homme loup s'en aperçut aussi.

Ils surent tout deux que Fille des bois connaissait à présent leur histoire.

Vieil femme chouette s'en alla sans un mot, Homme loup la regarda s'éloigner un instant puis se retourna pour faire face à Fille des bois, celle çi percut tout l'amour qu"homme loup avait pour vieille femme chouette, elle les vit dans d'autres vies se chercher, s'aimer sans jamais vraiment s'appartenir et sans jamais avoir d'enfant. 

Homme loup lui dit doucement:

- Tu vois, nous devons à chaque fois surveiller et mesurer nos mots car nous tissons avec leur énergie une trame difficile a changer.

Fille des bois couru loin du village, aussi loin que son souffle put la porter et là seul, le vent l'apaisa......... le vent lui conta d'autres histoires d'hommes, d'autres histoires d'âmes....  le vent la berca en l'unissant à son chant d'espoir.......




La nature suivait le cours tranquille des saisons et l'hiver cette année fut long et difficile pour le peuple. Tous regroupés dans leur tipi attendaient avec impatience l'arrivée du printemps.

A l'intérieur de l'un d'eux, Homme loup et fille des bois battaient le tambour.

La voix grave et gutturale du vieil homme transportait le jeune femme dans des mondes et des dimmenssions ou elle retrouvait une partie de son être.

Homme loup lui avait expliqué qu'elle venait d'un de ces mondes et  que si elle le désirait, elle pouvait y retourner.

il lui avait dit qu' elle était seule maître de son destin, à elle de comprendre pourquoi elle était venue vivre parmi eux.

Elle aimait cet homme loup, il l'avait toujours accepté comme elle était, il l'avait guidé dans ces mondes et permis de retrouver une partie de son âme.

Il lui avait appris les chants des esprits, le rythme et le pouvoir du tambour. il l'avait révelé a elle.

Elle ne se cachait plus pour venir le voir, elle avait pris une partie de sa vie en main.

Vieille femme chouette ne disait plus rien et pourtant elle sentait une immense tristesse dans le coeur de la vieille femme.

Depuis qu'elle connaissait  son histoire, elle s'était un peu plus approchée de vieille femme chouette, le vent lui avait murmuré d'aimer comme aime les hommes.

Revenant de son voyage au travers des mondes, fille des bois sentit la main du chaman sur son épaule. 

Aucun mot ne fit prononcer, elle savait ce que voulait le vieil homme, lui transmettre son pouvoir pour pouvoir  lui, enfin rejoindre son autre vie au delà des réalités.

Elle ne se sentait pas prête pour cela encore.

Elle savait qu'en acceptant   ,vieille femme chouette, verrait dans ce geste un échec à sa propre initiation.`

Fille des bois se sentait déchirée entre ces deux êtres, la femme qui l'avait aidée à grandir dans le monde des hommes et cet homme qui l'avait aidé à rejoindre le monde des étoiles.

Chacun d'eux voyait en elle une continuation de leurs vies et pouvoirs.

Et puis il y avait ce jeune guerrier initié aux prières, chaque fois qu'elle le croisait , son coeur s'emflammait, leur relation était secrète.

Pourtant Fille des bois se rendait compte qu'homme loup avait perçu la vie nouvelle en elle, mais elle n'osait l'avouer à vieille femme chouette.

Cette impression curieuse pour la première fois de son existence terrestre d'appartenir au peuple.

Cet enfant qui vivait depuis peu en elle était le lien entre les mondes.

Homme loup enleva sa main de son épaule, l'air grave et calme il murmura

- pardonne  nous et aime nous toujours au delà du temps, prends ton temps, avance doucement si tu le désires , écoute ton ami le vent, il sera ton allié au travers  toutes tes vies .

Tu as été, tu es ,et tu seras un être d'un autre temps venue dans le nôtre, une guerrière du sacré et de l'amour., ne l'oublie pas, garde le à tout jamais dans ton âme.

Fille des bois écoutait en silence sans vraimment comprendre pourquoi elle devait pardonner, c'est alors qu'elle sentit cette brulure terrible dans son ventre et sentit le sang tiède s'écouler entre ses cuisses. Elle se leva blême, quitta précipitament le vieil homme et courut rejoindre vieille femme chouette.

Elle perdait son enfant, son seul lien avec ce monde, la chair de sa chair, le temoin de son amour.

En larmes elle franchit le seuil du tipi de vieille femme chouette, celle ci assise sur une couverture l'attendait, elle savait.

Fille des bois comprit dès cet instant, elle se revit boire la tisane que lui avait préparer la vieille femme, pour mieux affronter l'hiver disait-elle............





La pluie avait cessé, les nuages s'estompaient doucement laissant quelques rayons de soleil les transpercer, les feuilles des arbres ruisselaient d'eau et le vent  s'amusait à les agiter les débarassant de milles petites goutellettes.

Fille des bois, assise en tailleur au pied d'un bouleau, immobile laissait errer son esprit.

Le printemps, l'été et l'autome avait succedé à cet hiver si rude.

Elle aurait voulu figer le temps par la simple pensée, le tenir dans sa main et le modeler selon son envie.

Elles sentait toujours ce vide douleureux dans son ventre, rien ne l'avait comblée, rien ne l'avait apaisée.

Elle était partie du village ce jour là, sans un mot, sans un regard pour vieille femme chouette qui doucement pleurait.

Elle ne s'était pas arrêté non plus vers homme loup mais elle avait entendu son tambour l'accompagné longtemps après qu'elle fut entrée dans la forêt.

Elle avait marché quatre journée et quatre nuit et enfin s'était arrêtée sur le sommet d'une petite colline là ou une dizaine de bouleau avait élue domicile.

D'un nid de broussaille, elle s'était fait un coin à elle. 

Elle y passait de long moments à prier, à visiter d'autres mondes, elle appelait de tout son coeur de toute son âme ses parents originels, mais seul le vent lui répondait la laissant souvent désorienté et blésse par sa violence.

Elle avait dans son coeur une douleur immense, ce sentiment de trahison par un être cher, une perte de repères et un terrible désespoir.

Elle avait dans son coeur un peu de cette noiceur qu'est la vengeance, la rancoeur, toutes ces choses qu'elle savait pas bonnes mais qu'elle n'arrivait pas à chasser de son coeur.

Elle avait le gout amer de l'amour trahi de la confiance bafoué.

Elle aurait voulu hurler sa souffrance a la terre mais aucun son ne fusait des ses lèvres.

Elle s'allongea face contre la terre, sentit battre le rythme de son coeur et puis celui de la terre.

Dans son dos, la chaleur du soleil réapparut et sur son corps la violence du vent.

Alors tout éclata en milles morceaux, sa réalité s'évanouit , les couleurs du monde changeait tout autour d'elles ,et la terre tournoyait sur elle -même.

Puis tout s'arrêta.

Elle releva la tête et se vit être un aigle, elle volait haut dans le ciel survolant un village, son village.

Son vol s'accèlera et elle vit vieille femme chouette et lut dans son coeur à livre ouvert.

Elle en fut ébranlé .

Elle survola homme loup qui leva vers elle son visage, elle vit son signe de main qui l'invitait à le rejoindre, elle vit qu'il lui tendait la pipe sacrée,  il avait perçu sa présence.

Sa vue se brouilla, elle se sentit tombée aussi lourde qu'une pierre sur le sol.

Sa chute brutale la sortit de sa torpeur, elle avait rêvé.

Elle devenait revenir au village pour accomplir le rite de la pipe et devenir ce qu'elle devait être, un pont entre divers univers.

Elle devait revenir dans son village pour vieille femme chouette.....

dès que sa décision fut prise, le vent se transforma en simples bises la caressant avec amour.

Dans ce moment d'échanges avec cet élément elle comprit qui elle l'était et qu'elle était son véritable nom.

 





Le soleil brillait de ses milles feux , drapant de doré la parure fauve que les arbres arboraient en cet automne.

L''air était doux, et calme, la nature s'éveillait doucement à la vie de ce jour nouveau.

Les oiseaux avaient commencé leur ballet non loin de la roche sacrée, ils pouvaient sentir déjà le parfun de la sauge brûlée.

Ils se tenaient à l'écart de ses trois humains assis à même la pierre.

Vieille femme chouette était immobile, son visage n'exprimant aucune émotion, elle attendait.

Elle avait déjà participé au rituel de la pipe pour prier.

Ce rituel était different, elle le savait , aujourd'hui était un jour sacré pour l'un des participants, c'était le jour ou il s'engageait dans une voie particulière. Et c'était celui de celle qu'elle avait aimé comme sa fille.

Fille des bois était revenue, était entré dans son tipi et lui avait demandé d'être présente pour ce rituel.

Il n'y avait aucun jugement dans son regard, rien ,et c'est cela qui avait fait le plus de mal à son coeur.

Elle ne savait pas pourquoi encore, mais elle avait accepté et aujourd'hui, elle se trouvait là avec fille des bois et lui, homme loup.

C'est fille des bois qui dirigeait le rituel, elle les purifia tous, entonna la prière de la pipe.



Immobile, il la regardait faire, ses gestes était plus assuré et précis qu'avant.

Elle se déplacait avec lenteur, son visage était paisible mais lui ,il sentait quelque chose de different émaner de son âme .

Il n'était pas arrivé à lire en elle, elle avait dressé un mur si solide, s'était confectionné un bouclier si impénétrable qu'il en eu mal pour elle, qu'il en eu mal pour vieille femme chouette, qu'il en eu mal pour lui.

Il lui avait enseigné ce rituel, l'avait préparé à ce jour pour que ces capacités puissent servir son peuple, il l'avait initié à la pipe.

Aujourd'hui, il la regardait faire, il se rendait compte qu'elle ne faisait pas tous ce qui devait être fait, il se rendait compte qu'elle changeait le rituel afin qu'il devienne le sien.

Il ferma les yeux en l'entendant entonner la prière de la pipe.



Le retour lui avait paru long et interminable mais il lui avait permis de ce préparer à ces rencontres.

Elle s'était enfermé au plus profond de son âme pour que son corps et son coeur ne soit pas touché par la douleur et que les émotions ne l'empêche de mener à bien ce qui devait être fait.

Elle avait croisé ce jeune guerrier initié à la prière dont peu de temps ,elle avait porté le fruit de leur amour. Elle savait qu'il s'était promis aux esprits et à personne d'autres.

Dans un regard, elle lui avait promis, au travers d'une de nos vies ,nous produirons de beaux fruits, le mélange de deux mondes et d'un seul.

En entonnant la prière de la pipe, elle acceptait cette vie et bien d'autres.....

A ses côtés se tenait vieille femme chouette et homme loup, les deux êtres qui furent pour elle des guides dans ce monde. Tout deux fermaient les yeux et se laissaient bercer par sa voix.

Elle avait compris le geste de vieille femme chouette, celle ci savait que le jeune guerrier s'était destiné aux esprits et qu'elle serait seule pour élever son enfant à venir, la peur de la voir souffrir elle, la peur de la perdre. Elle avait voulu la protéger, mais elle ne s'était pas rendue compte qu'elle réécrivait son histoire, qu'elle s'appropriait sa vie à elle, fille des bois, sa liberté, cette liberté qu'enfant elle lui avait prise.

Fille des bois savait qu'il n'y avait pas de mauvaises intentions chez vieille femme chouette mais l'amour ne s'apprivoise pas, ne se garde pas, ne se possède pas, il est libre....libre comme le vent.

La prière de la pipe finit, elle leva les bras au ciel et entonna un chant venue de son coeur.

Vieille femme chouette et homme loup rouvrirent les yeux, ce chant n'était pas de leur peuple.

Homme loup sut qu'il venait d'ailleurs, là ou cours les vents, il sut que lui aussi n'aurait pas d'élève pour reprendre sa voie, fille des bois venait de  prendre son propre envol.

Vieille femme chouette sentit le chant s'infiltrer dans son coeur, elle y vit le sourire et le pardon de fille des bois, sur ses joues ridés par le temps, les larmes coulaient avec abondance.

Homme loup réentendu ses paroles pronnoncées il y a longtemps a celle qui l'aimait, et pour la première fois, il libéra toute sa souffrance et sa tristesse.

Fille des bois s'arrêta de chanter et le long silence qui suivit les enveloppa.

Fille des bois se releva et d'une voix douce et profonde elle pria :


- aujourd'hui, je change de nom, et ce nom sera mon identité pour toutes les autres vies, il ne permetra de garder toujours en souvenir dans mon âme cette existence là. 

A tous les anciens qui habitent d'autres mondes, à toutes formes de vie je fais le serment de servir 

le grand esprit et qu'importe s'il change de nom, toutes mes vies lui sont vouées.

C'est le choix que j'ai fait dans leur monde, celui d'exister sur cette terre.

Aucun peuple, aucune règle ne sera mienne, car je suis de tous les peuples, de tous les mondes, je vis au coeur de la vie des hommes.

Je suis un des enfants du vent, et le vent n'appartient à personne, personne ne peut l'enfermer, mais il est là pour tous.

Vieille femme chouette et homme loup, vous savez que nos chemins se recroiseront, pour ensemble tisser une autre toile de nos vies.

Le vent vous aime et je vous aime.......


Ce jour là homme loup se retrouva seul a la fin de la cérémonie de la pipe, vieille femme chouette s'était éteinte à ses côtés et celle qui avait changer de nom avait disparu dans une 

bourrasque.

 

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